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Elli Paspala chante des chansons des pays méditerranéens à Nauplie

Elli Paspala et The Underground Youth Orchestra nous invitent, en plein été, à un voyage musical à travers les mélodies et sons des pays de l’Europe du Sud.

TEXTE7′ DE LECTURE

Elli Paspala

Vicky Papaefthymiou
Vicky Papaefthymiou

Elli Paspala et The Underground Youth Orchestra nous invitent, en plein été, à un voyage musical à travers les mélodies et les sons des pays d’Europe du Sud. La collaboration bien réussie de cette grande interprète de la chanson avec l’orchestre de jeunes musiciens l’année dernière, se poursuit cet été. Leur premier concert aura lieu le samedi 19 juillet à 21 h 30, dans la cour de “Fougaro” à Nauplie,  avec vue sur la forteresse de Palamidi (98, rue Asklipiou, en face de la Caserne ΚΕΜΧ, à la sortie de la ville,en direction d’Épidaure).

Parmi les chansons qui seront interprétées par Elli Paspala figurent la très belle Canzone de Mal di Luna, composée par N.Piovani pour le film des frères Taviani “Chaos”, l’hymne à l’amour insouciant Summertime in Prague, de Panagiotis Kalantzopoulos, pour le film “Cigarettes bon marché” de Rénos Charalambidis, ainsi que plusieurs compositions de Manos Hatzidakis et d’autres grands créateurs-compositeurs. Au concert, participent aussi de jeunes chanteurs comme Nana Perraki, Apostolis Kitsos et Constantina Kordouli. L’orchestration et la direction de l’orchestre sont dues au directeur artistique, chef d’orchestre et fondateur de l’orchestre Costa Iliadis.

À cette occasion, Elli Paspala a accordé une interview au magazine en ligne “A Place for the Arts”.Tout au long de votre parcours artistique, vous avez collaboré avec des musiciens et des compositeurs très célèbres, à savoir Manos Hantzidakis, Mikis Théodorakis, Nicola Piovani.

Quelle sensation avez-vous maintenant que vous collaborez avec un orchestre composé de très jeunes musiciens?

J’en suis enthousiasmée. Cet amour pour la musique des adolescents est le même que nous avons ressenti nous-mêmes quand nous étions très jeunes et que nous avions choisi de nous occuper de la musique. Je revis, grâce à eux,ce que j’ai vécu lorsque j’ai décidé de m’occuper de la musique. Ils éprouvent un grand enthousiasme et un grand amour pour la musique. Il y a une excellente relation entre eux, ainsi qu’avec Costas Iliadis, le chef d’orchestre, et les deux ou trois musiciens adultes. J’éprouve une immense joie et je considère être privilégiée de participer à ce concert. D’ailleurs, trois de mes élèves vont y chanter. C’est un très beau sentiment de voir des adolescents avec lesquels on a travaillé faire partie d’un orchestre et chanter.Je ressens de la satisfaction à voir mes élèves se présenter devant un public,indépendants,chanter de très belles chansons, accompagnés d’un superbe orchestre.

– Le répertoire du concert est composé de chansons issues des pays méditerranéens. Quelle est la particularité de cette musique? Y a-t-il une caractéristique commune qui relie la musique de ces pays?

Je crois que c’est le lyrisme. La mer joue également un rôle significatif dans la musique de ces pays, tant comme thématique que comme sensation. Dans ce lyrisme, il y a une rare immédiateté. Ce lyrisme authentique, on peut bien entendu le retrouver dans la musique des pays d’Europe du Nord, mais là,  on le rencontre surtout dans la musique tzigane. Un élément commun dans la musique des pays d’Europe du Sud, c’est, je dirais, une sensation d’élévation et de passion.

– Certaines des chansons que vous allez interpréter à Nauplie — la Canzone Arrabbiata de Nino Rota et la Canzone del Mal di Luna de Nicola Piovani — vous les aviez déjà intégrées à votre album “Au clair de la Lune”. Pendant toutes ces années, qu’est-ce qui a changé dans votre façon d’aborder la musique?

Il est évident qu’en grandissant on acquiert de l’expérience qui marque notre psychologie. Par conséquent, la façon d’aborder la musique change. Toute l’expérience acquise marque la façon de s’exprimer. Si rien n’avait changé,  ce serait bizarre, un peu maladif, je dirais. On est des êtres humains, on évolue. Au fil du temps, une interprétation peut devenir plus authentique et prendre des dimensions différentes. C’est un peu comme les couleurs dans la peinture. Je sens que ma façon d’aborder la musique et les chansons aujourd’hui,est un peu plus simple car c’est ce dont j’ai besoin plus généralement dans ma vie. Quand on est jeune, on est plus arrogant et on croit tout savoir. Avec l’âge, je m’aperçois que je ne sais pas tout. Et je trouve cela désarmant. Par conséquent, je ne “charge”  pas la musique de choses superflues, je la laisse s’écouler plus librement sans lui imposer des éléments inutiles.

J’aime bien que les chansons que je choisis de chanter me touchent. Je veux m’y identifier et que s’en dégage de la poésie. Je veux qu’elles soient simples. J’aime bien sentir que chaque chanson révèle quelque chose de nouveau. À moi-même avant tout. Mais, plus généralement, je veux bien qu’elle révèle quelque chose sur la musique, le monde, l’homme, l’amour, la haine, n’importe quoi. J’aime bien que ce soit authentique, poétique, quelque chose qui m’exprime sur le plan spirituel.

– Cette année vous avez rendu hommage à une très grande musicienne canadienne, Joni Mitchell. Y a-t-il d’autres personnalités dans le monde de la musique que vous admirez?

Joni Mitchell est canadienne mais vit depuis plusieurs années aux États-Unis. Le Canada semble être le prolongement des États-Unis, aussi bien du point de vue géographique que de celui des domaines politique et social. Le mode de vie au Canada ressemble à celui des États-Unis. Pourtant, c’est un pays où, par rapport aux États-Unis, il n’y a pas de tensions. Il est intéressant qu’un pays aussi pacifique et paisible, du moins en apparence, ait vu naître d’aussi importants “faiseurs de chansons” tels que Joni Mitchell, Leonard Cohen, Neil Young, K.d.Lang, laquelle j’adore et que je considère comme une excellente chanteuse contemporaine. Je pense même donner un concert pour rendre hommage aux musiciens canadiens. C’est incroyable que tant de musiciens importants soient originaires de ce pays.Ils sont tous formidables.

– Vous êtes née et avez grandi à New York. Qu’est-ce qui vous a amené en Grèce? Pourquoi avez-vous décidé de vivre ici? En faisant le bilan de votre vie, ça valait la peine?

Comment pourrais-je donner une réponse négative à cette question?Je ne sais pas ce que la vie m’aurait réservé si j’étais restée en Amérique. Je ne peux pas imaginer comment serait ma vie. Figurez-vous, si j’avais le sentiment que mon retour en Grèce était une erreur, ce serait une vie ratée. J’ai été élevée dans une famille où mes parents nous ont insufflé – à mes deux frères et à moi-même – un grand amour pour la Grèce. Mes frères sont nés en Grèce, moi, en Amérique. Mais j’ai toujours eu la nostalgie du retour. Ce sentiment était très profondément enraciné en moi. On sentait tous qu’on appartenait à la Grèce

– Comment vos parents se sont-ils rencontrés en Amérique ?

Ils ont émigré. Ils ont quitté Thessalonique avec mes frères parce qu’on avait des proches à New York et à Chicago. Mes parents ont choisi de vivre à New York. Mais au départ, ils n’ont pas eu de chance puisque le parent qui avait promis du travail à mon père est mort. Ainsi, mon père s’est retrouvé sans emploi pendant les six premiers mois de son séjour aux États-Unis. Figurez-vous la difficulté. Et alors que mes parents pensaient rentrer en Grèce, cela ne s’est fait que des années plus tard.

– Quels sont les plus intenses souvenirs du New York de votre jeunesse ?

Difficile à dire. J’y ai vécu jusqu’à l’âge de vingt-cinq ans. C’est toute une vie. J’en garde beaucoup de souvenirs pleins d’émotion. Je me rappelle mon maître de musique à l’école primaire, il était formidable. Il m’a beaucoup encouragée et cet encouragement a joué un rôle déterminant dans ma décision de devenir musicienne.De même, le soutien que j’ai eu de la part de mes parents et de mes amis. Je me souviens toujours des odeurs de la maison lorsque ma mère préparait les gâteaux de Noël. Ma mère cousait très bien. Elle avait l’habitude de déployer les tissus sur la table. Mon père avait une très belle voix. J’ai fait mes études secondaires dans un lycée musical. L’expérience a été étonnante. Je me rappelle aussi la première fois que j’ai écouté un orchestre symphonique, j’avais treize ans. C’était une expérience unique. Je me rappelle maintenant toutes les fois où mon petit ami et moi “séchions le cours” à New York pour aller faire un tour dans le parc ou visiter des musées. J’adorais aller au cinéma seule. En Amérique, il y a des séances de cinéma le matin. J’adorais aller au cinéma seule alors que la salle était presque vide. J’en raffolais.